Don't you know? ¤ Mirai & Kiyoshi

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     Dim 12 Mar - 3:38
 
Don't you know? Kisses are promises
Kiyoshi & Mirai


Pour quelqu’un pour qui devenir acteur était un plan B, Mirai devait dire qu’il se considérait plus que chanceux d’avoir été signé à Eita. Il ne s’était fait quelques amis à proprement parler depuis qu’il était arrivé, mais il fallait dire que malgré sa petite taille il savait très bien qu’il était quand même âgé pour un trainee. On l’a dit : Acteur = Plan B. Il avait eu un âge acceptable lorsqu’il était entré à l’université sur sa bourse de basketball.

Mais bon… apparemment il avait la gueule, il avait l’instinct… dès qu’aurait fait ses preuves il serait au moins sûr de faire dans le butai. Live sur la scène, au lieu de filmer et pouvoir se reprendre, c’était son genre d’adrénaline. Comme un match de basket – c’est là que ça se passe, pas de prise deux. Mais encore là, il ferait ses débuts beaucoup plus tard que la majorité du domaine… Il était bon pour merder dans ses propres plans, même ceux d’urgence.

Il avait terminé ses cours pour la journée et se dirigeait tranquillement vers les résidences de l’agence. Il devait se préparer pour une fausse audition, et il voulait se prendre d’avance. Il avait soif de performance, il avait fait un grand sportif de lui-même exactement pour cela, et il était hors de question qu’il n’impressionne pas par son audition. Il voulait avoir le droit d’auditionner pour de vraies choses, voulait arrêter de se faire dire qu’il n’était pas prêt, qu’il lui restait quelque chose à corriger avant qu’il soit déclaré prêt à faire ses vrais débuts. Il était en train de traverser d’un bâtiment à un autre lorsqu’il sentit son cellulaire vibrer dans sa poche.

    Kyosuke
    La pratique a été une catastrophe. Toi + moi, mon lit et peu de sommeil?


Offre difficile à refuser. Un sourire joueur aux lèvres, il avait remis son cellulaire dans sa poche. Kyosuke pouvait bien attendre un peu, Mirai n'avait aucun problème à le faire mijoter quelques minutes. De toute façon, il devait s’assurer d’avoir des sous-vêtements respectables de propre. Il n'avait pas été chez son amant depuis un moment, et ce n'était pas comme si Kyosuke l'invitait ainsi de façon fréquente.

Au moment où il allait continuer son chemin, direction sa chambre afin de ne pas faire trop mijoter Kyosuke non plus, ses yeux captèrent une vision qu’il ne pensait pas revoir de sitôt. Sur le coup, il avait cessé de marcher, avait cligné des yeux pour ajuster sa vue. Non, il voyait bien. Droit devant lui, à seulement quelques mètres, se trouvait une personne qu’il reconnaîtrait n’importe où : Matsuda Kiyoshi.

Dans le dictionnaire japonais-Mirai, ce nom se traduit en « amour de ma vie ».

Six ans sans le voir, et voilà que Mirai sent tout son sang quitter son visage, il est probablement blanc comme un drap, il n’arrive pas à comprendre ce qui se passe. Que fait Kiyoshi à Eita Entertainement? En temps normal il n’aurait pas quitté la banlieue, il serait resté à la maison à s’occuper de sa mère et de ses sœurs…

Mais voilà, six ans. Il lui était arrivé une foule de chose à lui-même en 6 ans… Il avait échoué ses possibilités de carrière au basket, il essayait de devenir acteur à la place, il se laissait chérir par un homme qui l'aimait mais que lui-même était incapable d'aimer. Et pourquoi il en était incapable? La raison était droit devant lui. Il n’arrivait pas à se sortir de la tête que Kiyoshi l’ait embrassé il y a déjà six ans. Il avait eu droit aux lèvres de l’objet de ses rêves que pendant quelques secondes, et lui le rêve était redevenu rien de plus qu’un rêve, Kiyoshi était un mirage qui s’était évaporé. Mirai avait appelé chez les Matsuda, il avait texté et envoyé des emails à Kiyoshi, silence radio total.

Avant d’être lui-même reconnu, il avait pris son cellulaire rapidement et réouvert sa conversation avec Kyosuke.

    Mirai
    Désolé belle gueule, pas ce soir.
    ….je viens de voir Kiyoshi.


Kyosuke comprendrait. Mirai avait suffisamment étouffé sa peine dans ses bras pour qu’il comprenne. Prenant son courage à deux mains, le plus court des deux avait fait un pas vers l’autre. Il ne voulait pas le laisser filer, pas cette fois. Il l’avait attendu six ans, ce moment… Mais bon sang, comment pouvait-il avoir trouvé le moyen d’être encore plus beau? Il avait encore ses grands yeux charmeurs, ses lèvres trop tentantes. Mirai devait se faire violence pour pas flancher et que ses yeux deviennent humides tellement son cœur faisait mal. Il fallait qu’il sache.

« Kiyoshi… »

…est-ce que tu sais qu’un baiser c’est une promesse? Je ne sais pas ce que tu m’as promis il y a six ans, et je me meurs de le savoir.

Je n’étais pas assez bien, c’est ça?

Tu n’en avais pas assez de me faire souffrir? Je pensais que tu regrettais notre enfance…

electric bird.
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     Dim 12 Mar - 3:46
 
Don’t you know? Kisses are a curse.  
KIYOSHI & MIRAI

Eita… lorsqu’il avait reçu sa lettre d’admission, en cursus comédie rien de moins, Kiyoshi avait eu l’impression étrange d’avoir le cœur plus léger, de flotter sur un nuage d’allégresse, d’enfin trouver sa place… tout en ressentant en même temps, la brutalité de son monde stable et rassurant qui s’effondrait. Ce genre de sentiments paradoxal, de mélange entre l’euphorie et la peur panique, il ne l’avait ressentir qu’une fois dans sa courte existence : exactement six ans plus tôt. Six ans depuis l’évènement qu’il ne fallait surtout pas nommer, son plus grand faux pas, une connerie monumentale. Et le pire dans tout ça, c’était certainement les dommages collatéraux que son indécision avait causée. S’il avait une honte cuisante d’avoir cédé à une pulsion tout sauf naturelle, il ne pouvait que ressentir une culpabilité bien vive, lorsqu’il pensait qu’il avait fait subir cela à Mirai. Parce que oui, s’égarer, s’imaginer un attrait qui n’était pas réel, c’était une chose… mais jouer avec les sentiments de la première personne à vraiment se tailler un chemin sous sa carapace… c’était insoutenable. Kiyoshi avait eu toute les chances de s’excuser, de demander pardon, mais plutôt que de poursuivre son ancien voisin, il avait décidé d’oublier, de refouler ces évènements et de poursuivre un nouveau but. Il s’était donné corps et âme dans ses études, à sa famille, et au lot assez impressionnant de petites amies qu’il ne gardait jamais longtemps. Outre Eita, franchement, sa vie avait été une montagne de décisions prises pour les mauvaises raisons, de soumission à ce qu’on attendait de lui, et de déni profond de cette insatisfaction qui grondait en lui.

Bien que ça ne soit pas le genre d’accomplissements dont il était sage de se venter, et en dépit du fait qu’il ait un tas d’autre qualités pour compenser, Kiyoshi était passé maître dans l’art du déni et de l’oubli sélectif. Après tout, il avait eu des années de pratiques, à commencer le jour où son père les avaient tous largués pour passer de l’autre côté de la clôture, comme si ce genre de changement radical n’avait pas pu être fait AVANT la mise au monde de ses trois enfants…  Les désillusions, les faux sourires et les prétentions que tout allait bien, il connaissait bien… depuis ses dix ans en fait, quand il s’était retrouvé orphelin d’entité paternelle, et qu’il avait dû se remonter les manches, refouler tout sentiments d’abandon et la tristesse, et être le nouvel homme de la maison. Il avait été forcé de se faire rassurant, de devenir un adulte responsable à la vitesse grand V et de nier tout inconfort ou toute crainte pour prendre le contrôle d’une famille en perdition. Il avait collé un sourire sur ses lèvres, tout donné pour ses jeunes sœurs, et entretenu la fable selon laquelle son père était mort. Après tout, c’est ce qu’il était à ses yeux : mort, et personne ne lui ferait avaler une autre version de la réalité! Alors oui, refouler ses soucis, faire comme s’il n’avait jamais été craintif, dans le doute, et tout bonnement chasser de son esprit les évènements qui pouvaient le maintenir dans une bulle de doute et de tristesse, c’était depuis longtemps part de son quotidien. Son ancien voisin inclus dans le lot.

Kiyoshi avait fait des erreurs dans sa vie, il avait erré, et si vous lui demandiez, il vous avouerait que son adolescence avait été un flou, des années de remise en question, et il se plaisait à blâmer cela sur le manque de présence masculine sous son toit. Pour rien au monde, il n’avouerait, pas même à lui-même, que l’été trop court qu’il avait passé avec son ancienne victime d’enfance avait été un véritable souffle de fraicheur sur son âme. Il était trop jeune pour savoir, trop stupide pour remarquer que ça n’avait rien de naturel, rien de beau… Et que ses hormones qui lui jouaient des tours n’étaient qu’une représentation de sa confusion et de son égarement. Il n’était pas attiré envers les hommes, il ne l’avait jamais été, et il avait passé les six dernières années à s’en convaincre, à s’en persuader, et à blâmer ce baiser sur le plus petit des deux, après tout, Mirai ne s’était jamais vraiment caché, il avait dû l’influencer, le manipuler, le contraindre à penser que lui aussi, il pourrait avoir une telle déviance. Roi du déni vous dites? Il était prêt à obtenir le titre de champion en titre! Désolé Serizawa!

À l’heure actuelle cependant, ce genre de soucis était loin, très loin derrière lui. Il était à Eita, il étudiait d’arrache-pied et il pourrait enfin faire quelque chose de sa vie qui ne se résumait pas à obéir aveuglément aux volontés de sa mère. Il faisait quelque chose pour lui. Et si sa famille lui manquait brutalement, s’il s’inquiétait de l’état de ses jeunes sœurs, Kiyo était heureux. Ici, c’était un nouveau départ, il n’aurait pas besoin de se prendre la tête, de se souvenirs de moments douloureux, il pourrait aller de l’avant et qui sait, se faire une petite amie canon, ça n’était pas le choix qui manquait en option mannequinat… Oui, déni profond! Alors qu’il en était presque à se convaincre qu’il pourrait trouver ce dont il avait toujours rêvé chez une créature du sexe opposé, une voix toute droit sortie d’une autre vie l’avait sortie de ses rêveries. Il devenait dingue? Persuadé d’avoir halluciné, il s’était retourné pour faire face à la voix………….et avait eu la confirmation, pire qu’un coup de poing en plein vente, que personne au monde ne pourrait jamais le satisfaire.

Merde. Il devait être plus atteint qu’il ne le pensait, pour que six ans plus tard, l’apparition d’un nain – mauvaise foi oui – devant lui ait cet effet. Sa pompe à sang avait zappé un battement, avant de s’emporter de plus belle et une expression de pure surprise avait orné son minois. Surprise et … effroi. Mirai. Cette sensation d’angoisse lui nouait l’estomac, il avait serré un peu plus ses bouquins contre lui, sentant sa gorge se serrer. Une partie de lui voulait franchir la distance entre eux, chasser ses conneries et l’enlacer, mais l’autre avait une peur panique de replonger dans cette dynamique. Plutôt que de faire l’un ou l’autre, il avait dégluti péniblement, baissant ses yeux sur le sol, incapable de soutenir ce regard qui avait trop facilement accès à son âme. « Mirai…  » Il voulait prendre ses jambes à son cou, vraiment, mais il avait réuni tout son courage – bien peu – pour demander, sans oser le regarder, de peur que son cœur ne cesse de s’affoler. « … ça fait … longtemps……… 6 ans? … Et… deux mois… 3 jours?  » … Ouai, crétin, c’est clair que tu t’en fiches, de lui, si tu as un décompte précis de la dernière fois ou tu l’as serré contre toi. Abruti! … Si les baisers peuvent être des promesses, il faut croire que le sien était une malédiction, une damnation… il était coincé dans cette spirale de déni et d’attirance, prisonnier de cette attraction qu’il ne savait s’expliquer.


electric bird.
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     Dim 12 Mar - 3:50
 
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Kiyoshi & Mirai


Mirai l’avait dit des dizaines de fois à Kyosuke – ‘Si un jour Kiyoshi se retrouve devant moi, je ne saurai pas quoi faire. Je ne pourrai pas lui résister… ça sera plus fort que moi.’ – et il devait se féliciter d’avoir été aussi réaliste et franc envers lui-même et envers celui qui s’occupait de le chérir depuis des années maintenant. Son ex-capitaine d’équipe avait été son analgésique pour ne plus ressentir la douleur de son cœur brisé, et bien malheureusement Kyosuke n’était que ça un analgésique car jamais la cible de ses attentions n’avait guéri, jamais Mirai ne s’était remis et il pensait sérieusement ne jamais se remettre. C’était pire que jamais à ce moment, avec la cause de son mal planté droit devant lui après tout ce temps.

La partie la plus émotive de son cerveau avait clairement envie d’une scène de film à l’eau de rose digne d’Hollywood : lui qui court vers Kiyoshi, Kiyoshi qui en échappe ses bouquins pour qu’ils puissent se serrer dans leurs bras et pleurer en se réconciliant en quelques secondes qui paraissent être trois heures. La partie rationnelle quant à elle n’était pas du tout d’accord avec ce scénario et heureusement pour tout le monde, c’est elle qui avait le dessus. Cette partie rationnelle qui ne laissait aucune autre autorisation à la partie émotionnelle que d’avoir les yeux humides, partie rationnelle qui criait haut et fort à toutes les sphères de son être que Kiyoshi l’avait déjà trop fait souffrir, qu’il serait mieux de laisser tomber et de ne donner aucune autre opportunité de se faire pardonner, Mirai lui en avait déjà donné et il n’en avait saisi aucune.

En même temps, même tout ce qui était rationnel en lui savait qu’il n’y avait rien à faire avec ses sentiments, même six ans plus tard… Lorsqu’on était rationnel, Kyosuke représentait un excellent parti, il aimait Mirai éperdument, il se dévouait pour le futur acteur même s’il savait que ça n’aboutirait fort probablement jamais à une relation basée sur un véritable amour partagé. Oh, Mirai aimait Kyosuke, juste pas comme il le devrait, pas assez pour mériter la dévotion de l’autre, et la raison de ce manque était vraisemblablement en train de compter les dalles de pavé uni sous leurs pieds. Droit devant Mirai il y avait la personne à qui il pouvait dévouer tout son cœur, même si ça faisait tellement mal. Si Mirai était le moindrement rancunier, il éprouverait fort probablement une grande satisfaction à voir le malaise de son vis-à-vis, mais au contraire, son cœur se fendait. N’avait-il pas déjà prouvé par le passé qu’il ne s’attardait pas sur le négatif? Pardonner tout le calvaire de son enfance, il aurait pensé que c’était déjà beaucoup comme démonstration. Encore à ce jour, il effacerait tout son calvaire de la dernière demi-douzaine d’années au premier ‘désolé’. Il ne s’attendait pas à l’entendre en fait, sinon Kiyoshi lui aurait retourné ses appels, retourné un courriel, non? Comme de fait, ce n’est pas ce mot si important qui atteint ses oreilles, mais un décompte qu’il pensait être le seul à tenir.

Six ans, deux mois et –

«Quatre jours. Ça en a fait quatre aujourd’hui.»

Sur le coup, il avait voulu redire son nom, mais il ne savait plus ce qui était pertinent. Kiyo-kun? Kiyoshi? Étaient-ils même retourné au stage de s’appeler par leurs noms de famille? Et s’il l’appelait Matsuda, devait-il y mettre le -kun? Que Kiyoshi tienne le décompte presque aussi assidument que lui-même voulait dire beaucoup mais en même temps, pourquoi le tenait-il s’il avait justement ignoré Mirai avec une obstination pire que tout ce qu’il avait déjà démontré par le passé? Ce n’était pas comme si c’était Mirai qui s’était jeté sur lui, bien au contraire, il n’avait pas franchi la ligne de l’amitié, et il se serait probablement remis de ses sentiments lorsqu’il aurait rencontré Kyosuke, il aurait pu passer à autre chose si ça n’avait pas été de Kiyoshi qui lui avait fait entrevoir autre chose ces quelques secondes fatidiques. Le problème était là : il ne savait pas passer à autre chose. Le ciel en entier pouvait attester qu’il avait essayé, et qu’il avait eu d’excellentes raisons de le faire. Il en avait été incapable. Tout comme il était incapable de supporter la distance entre eux. S’avançant plus vite qu’il ne l’aurait du considérant comment Kiyoshi semblait terrifié de le voir, il déposa lentement le bout de ses doigts sur le bras de l’autre, étant étrangement satisfait de leur différence de grandeur au moment de chercher les yeux de l’homme qu’il aimait plus que tout. Il aurait aimé caressé la joue de Kiyoshi au lieu de toucher son bras, mais il ne voulait pas le voir fuir de nouveau.

« Comment tu vas? »

electric bird.
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     Dim 26 Mar - 14:24
 
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KIYOSHI & MIRAI

Après toutes ses années, sans invitation, sans prévenir, Mirai se tenait devant lui… et son cerveau avait décidé que c’était le moment idéal pour faire un redémarrage complet, mise à jour en prime (qui sait, la nouvelle version le rendrait peut-être moins con…), si bien qu’il s’était trouvé dépourvu de ses capacités cognitives un bon moment, alors qu’il le dévisageait avec des yeux ronds et un air de lapin pris au piège. Un peu minable quand on sait que son vis-à-vis n’avait rien d’un loup, mais franchement, en cet instant, il était l’incarnation de son plus grand démon! Il avait fait tellement de progrès en six ans, refoulant au plus profond de lui-même ses pensées déviantes, arrivant jusqu’à oublier avoir un jour laissé sa pompe à sang battre un peu trop vite pour sa victime d’enfance. Il allait mieux! Il arrivait même à trouver des femmes mignonnes, à réussir de se convaincre que de franchir cette ligne avec l’une d’elle ne serait pas une aventure nauséeuse digne de la gastro… Mais voilà, surgit du plus profond de ses cauchemars, un ancien nageur se tenait devant lui et il n’y avait pas une prière qui pouvait empêcher son cœur de faire des arabesques!

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Kiyoshi était l’incarnation parfaite d’un écrasement d’avion avec survivants : brisé, éparpillé, et dans un état précaire qu’on ne saurait classifier comme un miracle ou une tragédie. Combien de temps avait-il perdu, au cours des derniers six ans, à prier, à supplier l’univers de faire de lui quelqu’un de normal plutôt que d’un déviant qui nourrissait des pensées tout sauf saines envers les gens du même sexe. Trop de temps. Beaucoup trop de temps. Il avait même été jusqu’à consulter, espérant trouver dans la thérapie des réponses au mal qui l’habitait, au traumatisme qu’il avait fort certainement vécu pour sentir ce genre de sentiments bouillir en lui. Sans succès. Il avait fini par blâmer son père pour ce qu’il considérait comme une maladie et, refoulant au plus profond de son âme ce terrible secret, il s’était enfoncé dans un déni sécurisant. Après tout, que ça soit un mensonge aux yeux du monde et aux siens, cette sensation d’être incomplet, faux, était de loin préférable à l’angoisse sourdre qui s’emparait de lui lorsqu’il réalisait qu’il avait une fois de plus fait un pas dans la mauvaise direction.

… Le pire, sans doute, était de n’avoir personne à qui avouer ces choses-là. Ne pas les dires à voix haute ne les rendaient pas moins vraies, ça ne chassait pas non plus le pincement de culpabilité qui lui prenait à chaque fois que ses pensées le ramenaient vers son ancien voisin… Ancien voisin qui se tenait devant lui, sans invitation et qui suffisait à lui seul à bousiller tout le travail accompli. Autant il aurait aimé continuer son chemin sans un mot, autant il devait bien l’admettre, son regard sombre avait détaillé le jeune homme devant lui, avec un intérêt plutôt morbide qu’autre chose. Comme s’il tentait de replacer ses traits qui le hantaient depuis si longtemps, comme s’il peinait à croire que l’idolâtrie qu’il avait monté dans son esprit et dans son cœur était bien réelle… comment pouvait-il être aussi nain mais aussi mignon hein? Et pourquoi diable avait-il laissé cette idée l’envahir! MERDE!

À ce stade-là, tout ce qu’il pouvait tenter de faire, c’était de réparer les pots cassés. Ne pas le laisser voir ô combien il était troublé par ces retrouvailles, ne surtout pas le laisser deviner que son cœur battait un peu vite, un peu trop vite, en sa présence, et ne surtout pas admettre qu’il lui avait manqué. Pas une seconde……….Ouai bon, pour ça, ça aurait été plus simple de ne pas ouvrir la bouche pour lui offrir un décompte complet… décompte qu’il n’était pas le seul à tenir apparemment. Une fraction de seconde, ses lèvres s’étaient étirées en un sourire alors qu’il déglutissait, retenant des mots, retenant une  envie de rompre la distance entre eux. Il avait mordu sa lèvre inférieure, gardant un silence buté, avant de le rompre uniquement en entendant la question de son vis-à-vis.  « … Je…. euh… »  Éloquent, super éloquent. Qu’on le pardonne, son cœur battait à tout rompre et ses yeux venaient de se poser sur cette main qui le touchait…

Est-ce qu’il avait pu sentir son cœur entier se secouer d’un frisson à ce maigre contact? Pouvait-il deviner sa gorge qui se serrait? Comme s’il avait été brûlé, ou plutôt, parce qu’il savait que tout contact l’immolerait, il avait retiré son bras en toussant nerveusement, pivotant sur lui-même en quête d’une banalité à raconter… Qu’il trouva sur un poster annonçant une nouvelle pièce de théâtre mise sur pied à l’académie.  « … Je vais bien! Très bien! J’ai même … même ma propre pièce de théâtre! » … L’écriture, un sujet sécuritaire! Il s’était emporté, un véritable sourire aux lèvres alors qu’on pouvait sentir l’enthousiasme grimper dans son ton.  « D’ailleurs, tu devrais auditionner! On a plein de rôle à combler et tu as toujours eu un don pour le théâtre! » … Une seconde, il lui parlait presque comme cet été-là, quand ils avaient été inséparables… Puis, fronçant les sourcils, il avait dévisagé le jeune homme dans un :  « Wooooah. Minutes. Tu fais quoi ici? Et la bourse universitaire de basketball hein? Qu’est-ce qui se passe avec toi? »


electric bird.
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     Mer 5 Avr - 23:20
 
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Kiyoshi & Mirai

Mirai avait toujours adoré les yeux de Kiyoshi, depuis le moment où il avait été en mesure de les observer sans craindre la conséquence qu’entraînerait le croisement de leurs regards. Ces grands yeux brillant d’intelligence et d’une détermination à performer, yeux probablement trop grands pour que quiconque les associe à un membre de la gente masculine mais pourtant personne ne pouvait les mériter mieux que lui. Yeux qui étaient incapables de nier quoique ce soit, même si la bouche de leur propriétaire décidait de faire l’inverse. Mirai s’était trop souvent surpris à se perdre dans ces iris noirs l’été de ses 16 ans, il se plaisait à se faire croire qu’ils n’avaient plus de secret pour lui. Ainsi, de les voir remplis de ce qui ne pouvait être que de la crainte… l’ancien joueur de basketball était incapable de s’empêcher de sentir une nouvelle fissure se créer dans son cœur. Kiyoshi avait encore peur de lui, même après la conversation commencée sans embuche, pourquoi? Ce n’était pas comme s’il avait un historique à être méchant, entre eux deux c’était le plus grand qui gagnait le prix de ce côté-là! Les remords? Si Kiyoshi en avait, il se serait expliqué lorsque Mirai lui avait offert plus de 20 chances de le faire. Courriel, Messages de boite vocale, lettre à la maison familiale des Matsuda, Mirai avait tout essayé et pourtant, silence radio. Si quelqu’un aurait eu à avoir peur, c’était celui qui se faisait continuellement blesser depuis qu’il avait cinq ans, pas l’inverse!!

Il n’y avait plus rien à comprendre. Cette peur, ce décompte gardé presque aussi fidèlement que Mirai qui le tenait sans problème grâce à son excellente mémoire, puis ce sourire qui apparut que quelques instants. En temps normal, Mirai se serait attendu à voir Kiyoshi fâché de ne pas avoir le décompte exact, il était si brillant, tout se passait dans ce cerveau en constante activité… Il aurait vu cette erreur d’une journée comme un échec, il était si dur avec lui-même, à constamment se pousser au-delà de ses limites… mauvaise habitude du temps que son père était encore présent… et le voilà qui sourit lorsqu’il se fait corriger?! Vraiment plus rien à comprendre!!

Si on aurait pu penser que toucher le bras de l’autre était une valeur sûre pour ne pas le secouer, il en était tout autre. Mirai aurait eu la pire maladie contagieuse du Japon que Kiyoshi n’aurait pas coupé le contact main-bras aussi rapidement, si bien que le faussement pestiféré déglutit avec peine, sentant le cœur lui remonter dans la gorge de nouveau et se retenant de pleurer ce qu’il avait déjà trop pleuré. Dans sa main qui n’avait pas causé de terreur à son vis-à-vis, son cellulaire ne cessait de vibrer, imposant rappel de qui était la personne qui lui avait laissé une épaule contre laquelle verser ses larmes. Kyosuke était probablement à deux poils de sauter dans sa voiture et se pointer à l’agence, à considérer combien de messages textes et d’appels il avait tenté pour rejoindre la personne qui comptait le plus à ses yeux… mais la dite personne se refusait de lui répondre. Il devait comprendre, avant.

Trop ancré dans sa douleur du contact sèchement coupé, il n’avait pas tant assimilé l’information en ne regardant pas trop son ancien voisin se tourner de tous sens pour essayer de lui répondre. ‘Très bien’? Et bien, il n’en avait pas l’air, mais Mirai réalisait à une vitesse folle qu’il ne connaissait pas du tout la personne qui le hantait continuellement même après six ans. Kiyoshi était un éternel mystère, chaque souvenir que le plus petit en avait était si différent des autres, il ne pouvait pas dire qu’il le connaissait. Mirai avait toujours été vrai avec lui, pourquoi il n’en faisait pas de même? Ça servait à quoi de lui faire mal ainsi, à ne pas lui permettre de connaître la différence entre la vérité et le mensonge? Quoique… peut-être qu’il la voyait un peu, la vérité. Il avait droit à un réel passionné lorsqu’il était question d’écriture. Kiyoshi ne mentirait pas là-dessus. Sa propre pièce de théâtre? C’était génial!

Minute, quoi? On recule la cassette mentale un moment …pièce de théâtre?! Comment avaient-ils fait leur coup pour ne pas se voir avant tandis qu’ils étudiaient dans le même domaine?! Si Kiyoshi était ici avec ses bouquins, il était à Eita! Sa propre pièce de théâtre faite à l’Académie, ça voulait dire qu’il était là depuis un bon moment, alors… Comment c’était possible? Facile, Mirai n’avait pas eu le droit d’auditionner pour rien encore, à constamment se faire dire qu’il n’était pas tout à fait prêt. Il n’avait pas rencontré aucun autre étudiant en écriture, non plus, donc ne pas croiser Kiyoshi n’était pas si incompréhensible que cela.

...Auditionner? Lui, Sanada Mirai Yukishige?

« Je ne peux pas… »

Non. Non, non et non. Il en était hors de question. Premièrement, il n’avait pas le droit, on lui avait formellement interdit de précipiter ses débuts au risque de voir son contrat être résilié sans seconde chance. Deuxièmement, il était dans le domaine depuis beaucoup moins longtemps que plusieurs de ses camarades de cours, ne pas suivre la chaîne d’ancienneté serait un manque de respect terrible envers ses senpais. Il était un garçon d’équipe, on ne laisse pas les autres tomber pour sa gloire personnelle! En fait, quelqu’un devrait peut-être lui dire que dans un univers comme le show-business, c’est chacun pour soi… mais il ne les croirait sûrement pas. Il cherchait tellement quoi répondre, il n’en avait pas réellement entendu le compliment comme quoi il avait un talent en théâtre. S’il l’avait entendu, il serait sûrement devenu rouge vif sous la gêne. Il détestait se faire complimenter, il ne savait jamais comment le prendre. Kyosuke et lui avaient vite appris que le mot « magnifique » devait être proscrit dans l’appartement ou Mirai ferait de l’hypertension avant d’avoir atteint 25 ans. C’était peut-être mieux qu’il n’entende pas de compliments venant de Kiyoshi, à bien y penser…

Par contre, si le but était d’éviter la crise cardiaque à Mirai, et bien c’était manqué. Alors que Kiyoshi réalisait qui était le réel intrus sur les lieux et commençait à poser des questions, l’interrogé sentait le sang lui battre dans les tympans et s’il avait été capable de vomir son propre cœur il l’aurait sûrement fait, considérant sa nausée soudaine. On parlait de l’horreur de l’échec? Et bien c’était une maladie qui affectait aussi le plus petit. C’était peut-être parce qu’il était fait sur un plus petit format, mais c’était quelque chose qu’il contenait très mal. Le visage rouge vif et les yeux dans l’eau bien malgré lui, il avait baissé la tête et regardé le pavé uni à son tour, cherchant comment expliquer sa fâcheuse situation de deux ans auparavant.

« Ah… Ouais… Bah, ça… »

Il ne pouvait pas dire qu’il avait perdu sa bourse parce qu’il était trop petit, le plus grand l’avait suffisamment traité de nain dans leurs vies, hors de question de lui offrir un argument de plus sur un plateau d’argent! Il aurait préféré que sa mère ait fait son travail de jaseuse et ait informé Maman Matsuda de son changement forcé d’avenir plutôt que d’avoir à être celui qui le dise à la personne à qui il n’avait pas du tout envie de le dire.

« D’autres personnes avaient de meilleures statistiques que moi… »

Pas besoin de préciser que LA statistique en question, parce qu’il y en avait juste une qui lui avait nuit, c’était le ‘169 centimètres’ écrit en rouge dans les vieux cahiers de l’équipe. Ne pas avoir de bonnes statistiques avait aussi été l’explication fournir à l’équipe par leur capitaine pour expliquer son départ – personne n’y avait cru, on ne devient pas assistant-capitaine avec de bonnes stats pour finalement en avoir des mauvaises d’un coup –, et uniquement ses amis au sein de l’organisation avaient su la réelle raison. Il n’avait pas envie de se ridiculiser devant Kiyoshi, c’était déjà un sujet assez sensible comme cela.

« J’ai perdu ma bourse il y a deux ans. »

Il avala de travers après avoir été capable de prononcer la dure vérité, détournant la tête et regardant en l’air tandis qu’il essuyait ses yeux, faisant tout pour pas se mettre à réellement pleurer devant Kiyoshi. Ça lui faisait mal de le dire, même deux ans plus tard. Le sujet était encore extrêmement sensible, au point où Kyosuke faisait attention de lui en dire le moins possible sur ce qui se passait dans le gymnase, considérant qu’il faisait maintenant partie de l’équipe nationale. La séparation brusque de leurs rêves auparavant identique les avait rapprochés sur plusieurs points, mais terriblement séparés sur d’autres.

« Quand mes parents m’ont demandé de me trouver un plan B, mon amant m’a fait remarquer que le théâtre serait une bonne option… Je suis entré ici peu de temps après… »

C’était une chose de penser à Kyosuke - difficile de faire autrement avec le cellulaire qui vibre encore dans sa main - mais il fallait VRAIMENT qu’il le mentionne?! Devant Kiyoshi, LA personne pour qui il abandonnerait Kyosuke sans le moindre remords?! Il avait vraiment perdu la carte devant un aussi bref interrogatoire, lui! L’art de s’attirer encore plus de questions! Pire encore, c’était s’afficher comme étant en couple! Bravo Mirai, c’était vraiment une idée de champion! Le colocataire du prof de danse va t’inclure dans son club de crétins, maintenant! Il ne restait plus qu’à espérer que son interlocuteur n’ait compris que la partie importante : byebye bourse, donc bonjour Eita!

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     Mer 19 Avr - 1:55
 
Don’t you know? Kisses are a curse.  
KIYOSHI & MIRAI

Plus que de toute autre chose chez lui, Kiyo avait toujours profondément craint le regard de Mirai. Ses iris trop sombres, cet air qui se voulait distant et nonchalant, indifférent et assuré, ces prunelles illisibles qui avaient un véritable don pour le percer à jour. Pas qu’il soit un livre clos non plus, il avait tendance à être d’une franchise alarmante de par son non-verbal, quoi qu’il veuille bien en laisser voir… Mais avec son ancien voisin, c’était pire que non, une torture sans non, un regard devant lequel il se liquéfiait, carrément. De tous ses démons, c’était les pires, ce maudit regard devant lequel il ne pouvait qu’être franc, qu’avouer les vérités qu’il avait refoulé tellement profondément au fond de son cœur qu’elles étaient désormais déformées, tordues, pour ne devenir que la bribe de réalité qu’il acceptait d’assumer. Mais il ne pouvait pas se voiler la face aussi aisément devant le nageur, il ne l’avait jamais pu. Et si, l’été de leurs seize ans, il avait perçu cette capacité comme un miracle, une libération, que d’être capable d’exposer ses sauts d’humeurs, ses passions débordantes, de pouvoir sautiller comme un gamin devant un nouveau jeu vidéo, ou pleurer à chaudes larmes devant un films dont le scénario était particulièrement émouvant, cette honnêteté forcée était désormais son plus grand démon…

C’était probablement pour cela qu’il ne l’avait jamais revu après ce baiser. Parce qu’il aurait bien été incapable de demeurer de marbre et de lui mentir impunément en avouant n’avoir éprouvé rien de plus que du dégoût. Parce que justement, le problème était là… ce qui l’avait habité alors qu’il posait ses lèvres sur celles du plus petit des deux… c’était tout sauf de l’indifférence. C’était un cœur qui bat un peu trop vite, un souffle disparu, et des papillons plein l’estomac. C’était cette brève sensation d’euphorie qui avait suffi à lui donner l’impression d’être invincible… Jusqu’à ce qu’il retombe sur terre. Il n’était pas superman, il n’était pas indestructible, et suivre ce chemin de pulsions, de sentiments étranges qu’il avait passé sa vie à nier, ne finirait qu’en des pots cassés et une déception amère. N’avait-il pas vu son père faire? Alors plutôt que de creuser, de voir si d’autres parcelles de cette clôture lui semblait attrayante, il avait fermé son cœur à double tour et s’était emmuré dans sa forteresse de solitude (finalement, il était peut-être un peu, surperman). Les murailles étaient tellement hautes désormais, qu’il doutait d’en sortir un jour. Jamais.

Comme une pulsion, ou une crainte profonde de re-sombrer dans cette maladie dont on l’avait tiré avec peine, Kiyo avait retiré son bras de l’emprise de l’acteur, sentant dans ce bref contact, une montagne de regret grimper en lui. Non. Jamais. Il ne devait surtout pas plonger sur cette piste-là, on l’avait guéri, on l’avait libéré de ses pulsions malsaines, il n’allait quand même pas tout gâcher… Sans compter que, homme, femme, il haïssait les contacts physiques, en général. Une partie de lui craignait peut-être que Mirai soit aussi déchainé et déplacé que son collègue de classe, il aurait voulu s’immoler à chaque fois qu’Hiro l’approchait trop près. Le malaise qui l’habitait était palpable, il aurait tout donné pour pouvoir tourner les talons et s’enfuir à toute vitesse. Pourquoi diable avait-il emprunté ce couloir-là ce matin hein? Après plus de six ans, il avait enfin pu chasser de son esprit les images un peu troublantes de son ancien voisin, il avait tout fait dans les règles de l’art pour ne plus jamais le revoir…

Sauf que ses vieilles habitudes revenaient à la charge, comme lui demander d’auditionner dans sa pièce – la belle gaffe – ou pire encore, de lui demander ce qui s’était passé avec sa bourse de basket. Pas qu’il puisse réfuter le talent du jeune aspirant acteur, loin de lui cette idée mais… il s’était longuement fait la réflexion qu’il n’aurait jamais choisis autre chose que le Basket par choix… alors pour quoi? Nerveux, il avait passé une main dans ses cheveux sombres en fixant le sol. Il souhaitait de plus parler, s’enfoncer dans le mutisme… sauf que le commentaire du plus petit des deux suffit à le faire relever la tête pour darder sur lui ses yeux de jais, incrédule. Une fois de plus, Mirai avait suffi à l’empêcher de contrôler son tempérament. « Des meilleurs statistiques? Bullshit.  » … Non, il ne mâchait pas ses mots, jamais. Il était même brutalement franc. Et vu ses sourcils qui se touchaient presque vu son air pas du tout convaincu, on doutait qu’il puisse reprendre ça.

La fermer, son être entier lui ordonnait de se taire, de ne surtout pas laisser son sang bouillir et la désolation le gagner. Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire qu’on ait arraché à Mirai son plus grand rêve hein? Ils n’étaient pas amis, ils n’étaient plus voisins…. Et ils ne seraient jamais plus. Alors quoi, il pouvait s’en ficher… non? Non. Il sentait la fureur grimper en lui et, sans réaliser que c’était tout sauf avisé, il s’était mis à s’agiter, comme il le faisait souvent quand il n’y avait qu’eux et que quelque chose déplaisait à son voisin. « Tu avais les meilleures statistiques! T’étais capitaine – ma sœur a toujours un faible pour toi – j’y crois pas! C’est injuste! Tu la méritais cette b--------------  »

S’il avait été presque attendri un instant, la mention d’un ‘’amant’’ lui fit l’effet d’une douche froide. Un ? Genre, un homme? Il aurait aimé dire que c’était ce soudain coming out qui le dégoutait, que ça n’avait rien à voir avec son cœur qui s’était mis à accélérer, à se serrer, et à la douleur, l’horrible douleur de la jalousie qui lui tordait les tripes. Ça faisait mal. Horriblement mal. Et pendant une fraction de seconde, son visage s’était contorsionné dans une grimace de pure agonie… avant qu’un sourire faux, noir, n’étire ses traits. La douleur avait envahis ses yeux, et il n’osait plus poser sur lui le moindre regard alors qu’il toussotait. « … C’est sûr que si tu couches avec, ce qu’il dit est parole d’évangile!  ». Le ton était sec, vraiment sec. Il se savait puéril, Mirai avait tout le droit au monde d’avoir quelqu’un d’autre… mais alors… pourquoi ça faisait si mal, tellement mal. Il avait brusquement plaqué ses livres contre lui, prêt à poursuivre son chemin avant d’ajouter, parce qu’il échouait toujours à tout conserver en dedans. « Je pense pas que tu devrais te contenter d’un plan B. Sur aucun aspect.  » … avait t’il laissé fuser d’entre ses dents avant de faire un pas en arrière. Lui ? Jaloux? … Oh non. La crisette qu’il faisait, c’était une nouvelle étape de cette définition… C’était son âme qui se fracassait alors que, sans le savoir, Mirai venait de lui porter le coup fatal. Kiyo était brisé, dans beaucoup trop d’aspect, dans toutes les facettes de lui-même… et la seule personne au monde qui avait réussi à lui faire croire qu’il n’était pas aussi raté, aussi minable… venait incontestablement de le répudier.


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     Mer 19 Avr - 3:37
 
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Kiyoshi & Mirai

Il y avait des choses que Mirai pensait ne jamais être entre mesure de s’expliquer. Comment la vie avait créé de telles différences entre lui et son frère, comment sa mère s’était retrouvée avec ce côté complètement disjoncté de sa mère, comment Kyosuke pouvait l’aimer autant alors que lui n’en était pas amoureux du tout, comment il avait survécu à quatre ans sans aucun de ses amours près de lui… et comment Kiyoshi faisait pour constamment se contredire. Des années à lui faire vivre un enfer, forçant Mirai à l’exil; suivi de remords et d’un été particulièrement magnifique, les signes d’une magnifique amitié… puis le baiser… puis le silence radio total. Mirai n’avait jamais eu d’explications, il s’en était jamais remis, il n’y avait que trois personnes au total sur Terre qui pouvaient se targuer de savoir ce qui avait profondément traumatisé l’ex-joueur de basket vis-à-vis son voisin. Cette partie-là, Mirai y avait trouvé deux explications possibles : des regrets, ou une façon sadique de le faire souffrir encore plus.

Si c’était la 2e option, et bien Kiyoshi avait franchement réussi son coup. Mirai avait offert son cœur qu’une seule fois par après, et le traumatisme causé par un seul satané baiser avait tout ruiné. Il avait perdu sa belle et il en était fini pour lui. Il avait laissé les ruines derrière lui et il s’était perdu dans beaucoup trop de bras… jusqu’à ce que Kyosuke arrive avec un abri temporaire mais loin d’être efficace, un campement en plein cœur d’une zone sinistrée.

Cependant, en ayant Kiyoshi devant lui, les contradictions qui lui avaient tant fait mal et qui lui empêchaient de comprendre quoique ce soit s’accumulaient encore plus. Un moment il veut fuir Mirai comme un lièvre qui a vu un loup, l’autre il l’invite à auditionner à une pièce. Il ne veut pas être touché par le plus petit, mais il s’inquiète de sa bourse en basketball… Il avait encore un intérêt quelconque autre que du désir de torture? Vraiment plus rien à y comprendre. Peut-être que son vis-à-vis lui-même n’y comprenait plus rien, à le voir aller, mais encore là, Mirai n’était pas un génie, il n’avait le grand talent de la perspicacité comme d’autres. Tout ceci n’était que supposition.

Parlant de la bourse de basket… il aurait préféré que Kiyoshi bouffe sa réponse sans un mot, mais c’était soit mal connaître son ancien voisin, soit avoir des espoirs de la même catégorie que d’espérer rencontrer une pouliche –quoique c’est discutable comme comparaison, Mirai pourrait aisément dire qu’il en a embrassé une et peu de gens oseraient l’obstiner -. Enfin, c’était probablement un heureux mélange des deux. Peu importe pourquoi ou comment, il n’avait pas voulu répondre, c’était contenté d’une réponse vague, mais il se faisait rebuter à l’instant même où les mots avaient quitté sa bouche.

« Comme si je pouvais inventer une raison pareille sans fondement. »

Encore une fois, il aurait dû se taire, parce qu’il se faisait lancer des éloges au visage sans même en avoir demandé. Sérieusement, il n’en revenait pas que Kiyoshi lui en dise autant… bon, leurs mères s’entendaient très bien, trop bien même, donc sûrement que Mama Sanada en avait pas mal craché à la matriarche Matsuda, mais quand même, qu’est ce qui prenait au plus grand? Soudainement, c’était comme si toute la boule qu’il avait gardé à la gorge, cette pesanteur sur son cœur, elle s’était déversée tout d’un coup sur sa langue et l’avait déliée totalement. Au diable la retenue.

« Je n’étais plus capitaine à l’université. Tu veux savoir pourquoi? Parce que Kyosuke en avait des meilleures que moi, des statistiques! Du nombre de points par partie jusqu’à faire plus que 170 centimètres, le fichu critère que je n’ai pas et qui m’a mis dehors! Je ne pouvais pas me faire greffer deux centimètres de mollet! Tu veux encore parler d’injustice? Tu l’as toujours dit que j’étais trop petit de toute façon, tu ne dois pas être étonné tant que ça. »

Si plusieurs diraient que Mirai avait une carapace formée à force d’avoir enduré autant d’intimidation enfant, ceux qui le connaissaient bien pouvaient ajouter instantanément qu’il avait des points faibles qui le faisaient exploser instantanément : rire de son nom, lui dire qu’il est petit et toucher à ceux qu’il aime. Kiyoshi venait encore une fois de mettre le doigt sur un de ces points-là, comme il avait toujours su le faire avec un doigté alarmant. Frustré d’avoir à exposer son échec au grand complet, il avait le visage rouge et les traits passablement déformés par la honte et la colère, sans parler de ses yeux humides.

On aurait pu dire que c’était assez, sauf que le commentaire sec de l’autre venait de toucher un autre sujet sensible : on ne parle pas de ceux qui lui sont chers. Cette façon qu’avait Kiyoshi de balayer de la main le fait que se soit Kyosuke qui l’ait aidé à se trouver une nouvelle voie, Mirai aurait probablement pu se douter qu’il y avait autre chose que de la hargne dans ces mots… s’il n’avait pas déjà été piqué à vif d’avoir déversé son échec quelques instants avant.

« Coucher avec n’a rien à voir. Six ans d’amitié sans problème, pas mal plus. »

Est-ce que Kiyoshi pouvait dire qu’il avait la même chose? Un ami qui était là depuis autant de temps? Mirai était persuadé que non, à voir combien les bouquins semblaient toujours aussi important. Pourquoi était-il amoureux de quelqu’un qui ne le comprenait pas? Probablement parce qu’il était ne le comprenait pas plus celui dont il était amoureux. Chose sûre, cette toute dernière phrase venait de lui donner le coup final. Assez. Il en avait marre d’être la victime des mots de cette grande perche. Son adversaire savait un peu trop se servir de ses phrases, il était temps qu’il cesse de parler et qu’il écoute un peu.

« De quel droit tu me dis de quoi je devrais me contenter? Pas le choix d’avoir un plan B quand la personne qu’on aime est disparue depuis six ans. Tu veux que je fasse quoi d’autre?!»  Fini les filtres, fini de mesurer ses mots pour ne pas brusquer Kiyoshi. À se faire dire des choses pareilles, il avait le droit de riposter. Il fonctionnait sur l’instinct de survie depuis des années, il fallait s’attendre à ce qu’il se défende, de façon aussi minable soit-il. Son coeur était suffisamment brisé comme ça, il aimerait en garder les ruines le plus intact possible.

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     Dim 30 Avr - 19:04
 
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Il était piqué, et surtout, franchement, jaloux. Jaloux qu’il ait un amant, jaloux que mec dont il ignorait le visage puisse l’avoir lui. « … Pardon? » Ça lui retournait le cœur, il avait l’impression qu’on l’avait poignardé directement, brutalement, alors qu’il ne savait que trop bien que c’était le cour normal des choses. « Et tu t’envoies tous tes amis comme ça alors? » avait-il lancé, narquois, bien conscient que son cœur en miette parlait plus agressivement que la douleur qu’il ressentait. Il voulait le chasser, ne jamais savoir… nier, il était bon pour nier. Mais d’avoir son ancien ami devant lui rendait ça ardu. Un sourire sans vie avait étiré ses lèvres alors qu’il crachait, comme toujours prompt à la joute verbale : « T’as une notion assez tordue de l’amitié! C’est comme ça que ça marche dans ton univers? J’ai bien fais de déguerpir avant que tu hallucines qu’une été sans se prendre la tête était une carte d’accès pour passer au niveau suivant! » Plus que d’en vouloir à Mirai d’aller voir ailleurs, il s’en voulait à lui, de ne pas être ce genre de personne. De ne pas pouvoir être assez fort, assez courageux, assez homme, pour pouvoir lui donner ce dont il avait besoin. Parce qu’il se leurrait pas, la compensation physique qu’il trouvait dans les bras de son ‘’amant’’’, ce n’était pas quelque chose qu’il pourrait lui accorder. Jamais. Et aussi tordu que ça paraisse, il était prêt à se faire à l’idée de libérer son vis-à-vis, de le voir en couple… de le partager, voir,  de le céder… s’il était heureux de son ou sa compagne. Ce n’était pas le cas, il n’avait pas besoin d’une enquête poussée pour le savoir. Et ça, ça ça le dégoutait. S’il avait pu se battre pour ce fiasco, il l’aurait fait.

Mirai méritait quelqu’un qui l’aimerait de tout son cœur, certes, mais quelqu’un que LUI aimerait, à en perdre la tête, à sourire bêtement, à être nerveux comme dans un mauvais drama de pouvoir enfin posséder cette personne. Il souhaitait cela, de tout son être pour le jeune acteur… Et il se blâmait de ne pas avoir pu être cette personne. Mirai était-il malheureux à cause de lui? Ne pouvait-il pas prendre une balle pour l’équipe et se métamorphoser en mec gay et affirmé? Ou alors, lui trouver une femme, un mari, n’importe qui dont il serait amoureux…. Apparemment non.

Kiyoshi avait soupiré. Il voulait qu’il se taise, qu’il se soit jamais apparu devant lui, qu’il ne le force plus jamais à confronter cette partie de lui-même, ce coin bien gardé de sa pompe à sang qui ne demandait qu’à lui être dévoilé. Mirai avait ce don pour se faufiler sous sa peau, pour lui arracher les pires aveux sans qu’il ne puisse les retenir, pour détruite une à une ses murailles et, si Kiyoshi avait une certitude en ce monde, c’est qu’il n’aimerait pas ce qui se cachait derrière. Alors pourquoi mettre tant d’effort à lui faire avouer ce qu’il préférait nier de toute son âme hein? Il était mieux sans lui, sans ses tourments, sans ses doutes constants, ses remises en question et ses instincts de fuite. C’était le soulager d’une peine bien plus grande, que de lui épargner la déception de constater que, d’avoir attendu après lui six ans, voire plus, ne le rendait pas d’avantage digne d’être aimé, il était un raté, il l’avait toujours été, et quoi que Mirai en pense, c’est cette conviction qui trônait au centre même de sa personne : il ne méritait pas un seul regard de son vis-à-vis. Et pourtant, les paroles du plus petit lui firent l’effet d’un claque, pire encore, d’un coup de poing. « » on aurait dit qu’il avait volontairement propulsé l’air hors de ses poumons, noué sa gorge, s’il avait voulu le noyer, le faire suffoquer, il n’aurait pas pu mieux y arriver. La personne que Mirai aimait… il n’était pas con – ou de mauvaise fois – suffisamment pour ignorer le sous-entendu.

Il avait pourtant conservé un silence buté, battant des cils pour chasser les larmes qui menaçaient d’embuer ses grands yeux. Cette révélation …. Il ne savait quoi en faire. Une partie de lui-même s’était sentie presque heureuse, soulagée qu’il puisse avoir encore un brin d’affection pour lui, après tout ce qu’il lui avait faite. Cette même parcelle qui voulait sourire, vraiment imbécile, de se réjouir de tels sentiments… Puis il y avait l’autre portion, plus sournoise, qui ne voulait pas reconnaître cette vérité, parce qu’après, il devrait inévitablement se poser la question… que ressentait-il pour son ancien voisin? Son cœur tambourinait plus que jamais, et comme toutes les fois où il devait faire face à la musique, il avait fait un pas vers l’arrière en déglutissant péniblement, ses yeux désormais posé sur le sol, sur ses pieds, tout sauf regarder à nouveau Mirai en face. Ses paroles l’avaient secouée, mais il ne pouvait quand même pas les lui rendre… « … Tu devrais te trouver un autre plan A. Pas un B. Un A. » avait-il couiné, en sentant les larmes revenir de plus belles et la cœur qui hurler le contraire. En toute logique, c’était un bon conseil. Il ne serait jamais capable de lui rendre son affection, et encore moins de faire toutes ses choses qu’il faisait avec ses prétendus ‘’amis’’. Il avait du mal à le laisser approcher de son cœur alors laissons de côté le reste de sa personne. Juste l’idée… avec lui ou avec une femme, ça le rendait nerveux, horriblement nerveux, et pas d’excitation, plutôt un dégoût profond pour la chose, pour ce genre de contacts.

Et ça aussi, il en avait honte. Il était bien conscient que c’était stupide, de dissocier aussi certainement les deux éléments, les sentiments et le sexe, de les isoler dans deux mondes qui ne pouvaient pas se mêler. Il se savait briser sur ce point, quoi qu’il en dise. Ses camarades de classe ne cessaient d’accumuler les conquêtes, de s’exciter au moindre coup de vent alors que lui… non. Ce genre de chose ne l’intéressait pas, pas le moins du monde, et là où il aurait dû fantasmer à renverser un ou une partenaire en tenu d’Adam sur un comptoir ou sur un lit, il avait un sentiment de plénitude qui n’avait rien de physique, à seulement penser tenir la main de l’être aimé. Cet été –là, leurs confidences, leurs discussions, les brefs moments où il attrapait Mirai par la main, c’était suffisant… c’était franchement, tout ce qu’il voulait. Même ce baiser, échappé, impromptu, c’était davantage parce qu’il craignait de le perdre que parce qu’il avait vraiment envie de cette intimité.

Sa voix s’était brisée, alors qu’il continuait : « Moi je… je ne suis pas comme ça... je ne suis pas comme toi……………. Je…..  Je ne suis pas gay. » ni hétéro, clairement. Qu’était-il donc? Le genre de maniaque qui pouvait trouver un type craquant sans avoir la moindre envie de le sauter. Apparemment. Il avait serré les poings en soupirant à nouveau, relevant des yeux humides vers son ancien ami. Il avait accroché son regard au sien, sentant son cœur se serrer sans trop comprend pourquoi. C’était plus sage ainsi, le laisser aller avec quelqu’un qui pourrait lui donner tout, absolument tout ce qu’il voulait. Quelqu’un qui aurait envie de lui, quelqu’un qui voudrait l’admirer d’avantage que comme une œuvre d’art dans un musée, intouchée. La gorge lui brûlait, ça aurait été si simple de lui dire, de lui faire comprendre… mais la vérité, c’est qu’il en avait honte, terriblement honte. De n’être ni l’un ni l’autre, de ne faire partie d’aucune catégorie. D’avoir tous ses sentiments qui n’étaient, en bout de ligne, que des sentiments… Et qui faisaient mal de par leur intensité parce qu’une seule parcelle de son corps les ressentait : son cœur. Et il préférait se cacher sous la carte de l’hétérosexuel, évidemment, la normalité… « Alors c’est masochiste de m’aimer moi… surtout quand on sait tous les deux que je ne le mérite pas. »


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     Dim 30 Avr - 21:23

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Kiyoshi & Mirai

Bon. Il répondait à ça comment? ‘Oui, il fut une époque où je me faisais tous les amis qui voulaient bien qu’on s’envoie en l’air, garçon ou fille.’??? Non, s’il disait cela Kiyoshi serait officiellement dégoûté de lui pour de bon, et expliquer six ans en quelques mots, c’est difficile. « Oh bon sang, non! Je dis juste qu’il a été mon ami pendant de nombreuses années avant qu’il y ait autre chose, et c’est ça qui rend son opinion valide. » Piqué à vif comme il l’était, se rendre compte que la jalousie était ce qui dictait les mots et les gestes de son vis-à-vis était terriblement difficile. « Comment tu oses me dire une chose pareille! Je t’ai toujours laissé ton espace, aucune avance, et c’est toi qui m’a embrassé avant de justement déguerpir! Pourquoi tu me jettes ça dessus… » Il y allait un peu fort, mais ce n’était pas faux. Si Kiyoshi ne l’avait pas embrassé, il aurait étouffé son attirance sans problème, il aurait pu donner son cœur tout entier et sans failles à Sae, elle n’aurait pas fui en Corée en pensant qu’il ne voulait pas d’elle… et alors il n’aurait pas cherché à oublier ailleurs et il n’aurait pas donné des illusions à Kyosuke, illusions qui avaient mené à sa situation actuelle. « C’est toi qui a franchi l’étape suivante, Kiyoshi… C’est grandement à cause de ça que je suis comme ça aujourd’hui… » Heureusement que sa voix était trop démolie par l’émotion pour qu’elle porte, ils n’étaient quand même pas dans une pièce fermée. Il avait essuyé ses yeux rapidement, il ne lui donnerait pas une performance live des larmes qu’il avait versées sur son cœur brisé. « Ça fait six ans que ça me hante. Ça fait six ans que j’essaie de trouver quelque chose qui va faire en sorte que je vais m’en libérer. »

Il n’avait pas envie de se cacher. Il avait Kiyoshi devant lui, il allait tout lui dire. Le dommage qu’il avait fait, à quel point il avait ruiné Mirai. Donner son cœur en entier, il en était incapable, il était trop démoli. Pour preuve, pourquoi il acceptait encore d’aller voir Kyosuke alors que Sae était de retour, alors qu’il lui avait promis qu’il n’irait nulle part? Il ne savait pas tenir ses promesses amoureuses… depuis le jour où son ancien voisin n’avait pas tenu la sienne de continuer d’être son ami après son retour à l’école loin de la maison familiale.

Un plan A au lieu d’un B? Mirai venait de lui dire qu’il était son plan A, il était vraiment tête dure? Il voulait dire quoi?! Bon, ok, Sae était un plan A et Kyosuke un plan B, mais le plan A+ il était droit devant lui et il était absolument magnifique, même lorsqu’ils étaient à trois cheveux de se sauter à la gorge et de détruire la moindre possibilité de bien s’entendre de nouveau. Non, oubliez ça. Mirai ne peut pas être fâché si Kiyoshi a les larmes aux yeux. « Kiyoshi… » C’était plus fort que lui, il s’était imposé, il avait brisé la distance, adieu le respect de l’espace personnel, il n’allait pas être témoin de cela plus longtemps. « Pleures pas… » Une chose qu’il savait c’est que physiquement, bien que plus petit, il était le plus fort des deux. Il était capable de s’imposer. Comme une douche froide, de voir ces sublimes yeux remplis de larmes avait calmé ses ardeurs, avait apaisé ses nerfs à vif… et là il comprenait mieux. Kiyoshi ne l’avait pas embrassé que par pur plaisir de le faire souffrir comme lorsqu’ils étaient petits. Sinon, il ne serait pas en train de souffrir lui aussi. La jalousie, Mirai la voyait maintenant. « Tu as raison, c’est un plan B, parce que je ne suis pas amoureux de lui. » Lentement, il avait levé ses mains vers le visage de Kiyoshi et avait essuyé les larmes naissantes doucement, l’écoutant dire les mots qu’il voulait entendre depuis six ans… les mots contenant une explication. Ok, ça faisait mal à entendre, mais en même temps, il en avait de besoin. « C’est pour ça que tu as fui? Simplement ça? » Il n’était plus en colère, plus du tout. Il avait plutôt envie de fondre en larmes à son tour, et il savait ses propres yeux humides, mais c’était les larmes de l’autre qu’il ne voulait pas voir. « Tu n’as pas pensé que j’aurais préféré l’entendre plutôt que d’avoir un grand vide pendant six ans? Bon sang, Kiyoshi… »

En même temps, ça ne faisait pas de sens. Il venait de dire à Mirai qu’il n’était pas gay, mais ne venait-il pas de faire une sorte de crise par rapport à Kyosuke? C’était quoi ce outburst de jalousie dans ce cas-là? Ça n’avait pas la moindre logique. Bon, avec lui et Kiyoshi, rien n’était logique mais en même temps, il avait eu la même réflexion un moment plus tôt.

« Hey… Je ne contrôle pas ça… Sinon j’aurais arrêté de me faire du mal il y a longtemps… » Sa voix n’était plus qu’un murmure alors qu’il tenait encore le visage de Kiyoshi, le forçant à le regarder. Ils allaient assumer leurs larmes ensemble. « Je t’interdis de dire que tu ne le mérites pas. Si quelqu’un peut dire ça, c’est moi, et je n’ai rien dit de tel. » Ses mains tremblaient bien malgré lui. « Je t’aime, toi, avec ton intelligence incroyable et avec tes idées complètement imbéciles. Je ne te l’ai jamais dit et j’aurais aimé ne pas avoir à te le dire comme ça… mais tu ne me donnes pas le choix. » Il avala de travers et s’excusa mentalement à Kyosuke et Sae de s’obstiner à avoir un petit peu plus de Kiyoshi. « Pourquoi tu réagis si fortement à me savoir avec quelqu’un si tu penses que ce n’est pas bon pour moi de t’aimer? » Il se savait complètement suicidaire avec les mots qu’il allait dire mais c’était maintenant ou jamais. « Je me fous éperdument de comment tu le dis, j’ai passé l’étape de m’en formaliser… mais dis-moi ce qui se passe dans ta tête, je t’en supplie. » Il ravala ses larmes en une respiration tremblotante, toutes les questions qu’il voulait poser se bousculant. «Je te demande pas de m’aimer, juste de m’expliquer... S'il te plaît... »

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     Lun 5 Juin - 17:48
 
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KIYOSHI & MIRAI

Pourquoi est-ce qu’il sentait gronder au fond de son ventre une fureur comme rarement il n’en avait ressenti? Il était très objectif sur ce point-là : il n’avait absolument pas son mot à dire sur ce que son vis-à-vis faisait de ses journées ou de sa vie, il avait depuis longtemps abandonné le droit de regard là-dessus, et il ne méritait pas du tout de donner la moindre légitimité à la jalousie qui lui brouillait l’esprit. Si Mirai était heureux, tant mieux, mais c’est précisément cette portion de l’équation qui ne collait pas. Et ça, ça avait le don de le faire bouillir sur place! «   Si tu le dis. Il doit s’en réjouir ton copain, avec ses bonnes idées! Son petit Mirai docile qui écoute tout ce qu’on lui suggère! Je t’ai connu plus combattif… »  Oui, il était pleinement conscient que ses mots étaient brutaux, cruels, mais il avait presque besoin de s’assurer que son auditoire était plus bas que lui, plus blessé. Sinon … sinon il prenait le risque qu’on remarque qu’il n’était pas si fort, qu’il était même vulnérable, et que dans toute cette histoire, celui qui souffrait, chaque jour, chaque seconde, celui qui n’avait pas réussi à trouver une façon de remplir ce vide énorme que Mirai avait laissé dans son cœur… c’était lui. Alors il faisait ce qu’il avait toujours fait, ce qu’on lui avait enfoncé dans le crâne à coup de reproche : frappes le premier, comme ça, personne ne pourra t’atteindre… Un jour, il devrait sérieusement réfléchir au pourquoi les enseignements de son connard de paternel étaient si encrés en lui…  

Est-ce que ça l’aurait rendu moins hargneux, moins désapprobateur, si Mirai avait réellement été heureux dans les bras d’un autre – probablement pas, d’une autre, il aurait pu s’y faire. Dans son déni, il voulait bien esquiver cette question, prendre les faits tels qu’ils étaient et ne pas ouvrir de vieilles blessures et raviver cette douleur qui lui traversait l’âme et lui broyait le cœur. C’était plus facile de ne pas voir le jeune athlète au fond, ça permettait de le faire cohabiter dans un tas de réalité toutes plus farfelues les unes que les autres, selon ses humeurs, et de ne jamais avoir à constater en face, l’étendue des dégâts qu’il avait lui-même causé. Mais il n’avait plus ce luxe désormais, il n’avait plus cette capacité à se voiler la face, l’acteur était bien là, en chair et en os, à lui reprocher ce qu’il avait sur le cœur depuis des années. Et la chute aux enfers était… pénible. Les mots restaient coincés dans sa gorge alors que le jeune homme élevait le ton, lui balançait des insultes, des accusations, beaucoup plus délicates que celles qu’il  s’était lui-même adressé. Kiyoshi avait serré les poings, incapable de couiner un mot, incapable de se résigner à donner une explication. Et ça changerait quoi hein? Qu’il prenne le blâme de cet incident, qu’il avoue avoir posé ce geste répréhensible par peur… Une peur illogique, stupide, qui en fin de compte, n’avait fait que les briser tous les deux.

Les paroles de Mirai, il s’y reconnaissait, lui aussi avait voulu oublier, chasser ce moment, ne jamais y retourner. Ça ne suffisait pas de n’avoir aucune attirance saine comme les jeunes de son âge, il fallait qu’en prime il devienne un échec. Finalement, la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre, lui aussi était un raté, comme son géniteur. Il avait fixé le sol, incapable d’affronter les beaux yeux sombres qui le jugeaient, qui lui remettaient sous le nez l’odieux de ses actes. « Ce… c’est … c’est faux!! Tout le monde parlait, tout le monde jacassais, et c’était qu’une question de temps avant que t’en ait assez de rien avoir de moi ! » est-ce qu’on a rêvé ou est-ce que sa voix avait véritablement eu un trémolo, un début de larmes? Il n’osait pas remonter son minois. Cette angoisse l’avait contraint tout un été, cette peur panique que Mirai en ait marre qu’il ne puisse rien faire, rien avancer. Qu’il soit blasé de perdre son temps et qu’il passe au suivant. Il n’aurait pas pu le blâmer, même une étreinte, c’était beaucoup lui demander. Il en avait fait des cauchemars, le perdre, le voir partir, il doutait que son petit cœur s’en soit remis… Alors il s’était forcé, il avait dépassé de loin sa zone de confort pour lui donner ce qu’il pensait être nécessaire… Ce fichu baiser.

Et une fraction de seconde, une minute, il avait cru pouvoir y arriver… mais ça s’était bien vite effondré. Livré seul à lui-même, il avait dû se rendre à l’évidence, le voir,  vraiment, qu’il en était incapable. Ce contact-là était de trop, alors imaginez les autres. « Je sais… alors c’est bête non… de rester avec quelqu’un que t’aimes pas? » La réalisation était pénible, horrible même, comment pouvait-il avoir passé aussi longtemps à observer les traits d’un visage, à les juger parfaits, à sentir son cœur s’emporter pour un sourire… sans souhaiter rien de plus. Parce que ce pincement, cette excitation d’aller le voir, cette réelle joie, de l’entendre se moquer en douceur, elle avait bien existé non? Et encore maintenant, alors qu’il sentait un gouffre énorme s’ouvrir sous ses pieds, il avait envie, besoin même, de s’accrocher à lui. Il avait finalement été contrainte de l’observer, parce qu’il avait approché, et que le rythme de sa pompe à sang avait décuplé. Il aurait dû reculer, et pourtant, il en était incapable. Même lorsque les doigts de l’acteur avaient cueilli ses larmes, il n’avait pas bougé, un frisson de peur l’ayant néanmoins traversé avant qu’il ne se résigne à reprendre l’espace tant requis. Il avait honte.

Diablement honte, cruellement honte, de ne pouvoir endurer la moindre avancée. Sa voix avait pris une intonation très douce, pas accusatrice, alors qu’il passait une main sur son visage comme pour en retirer toute trace de contact. « … Ne me touches pas……   » son ton n’avait rien de défensif, même que l’instant d’après, il ajoutait, en nouant ses propres bras autour de lui comme un bouclier. « Je … je déteste ça…. Les contacts…. Je…je supporte pas…même pas ma famille. » un truc si banal, et il ne pouvait pas y arriver. Ça lui avait pris toute sa volonté pour l’avouer, pour le dire, et encore, ça n’était que la pointe de l’iceberg! Il avait forcé un rire, le rire, c’était son mécanisme de défense de prédilection. Que ça soit contre lui ou contre un autre. « … Je …. Je pensais que si je ne disais rien… tu serais…….. tu serais assez fâché pour ne pas perdre de temps à penser…… à moi. » à quelqu’un d’aussi brisé, d’aussi lâche, d’aussi inutile. Apparemment, il n’en était rien.

S’il s’était longtemps demandé ce qu’il ferait le jour où il recroiserait le jeune homme, même dans ses pire cauchemars, il n’avait pas à endurer une déclaration enflammée qui le laissait juste… sans voix. « Oh.   »  Absolument sans voix. Les mots l’horrifiaient plus que de raison, parce qu’il avait tellement rêvé de les entendre, de les ressentir… mais aussi parce qu’ils venaient avec une responsabilité énorme dont il ne pouvait s’encombrer. Il allait devoir lui dire, il allait devoir le blesser, et il n’en avait pas envie. À voir comme chaque nouvelle attention, chaque douceur était accueillie par un pas en arrière. Il avait ouvert les yeux ronds, dévisageant son ancien ami avec un silence de mort. Mirai avait raison, il lui devait des mots, tellement de mots, mais il ne savait même pas par où commencer. Il aurait voulu tout lui déballer, la thérapie inutile dans son cas, incapable de le rendre hétéro, ou même gay, n’importe quoi serait mieux que cette crainte panique d’approcher quelqu’un… ce dégoût pour les contacts. Il avait dégluti péniblement. « Mirai…   » il avait même fait l’effort maladroit de lever la main, comme pour la poser sur lui, avant de se raviser et de tapoter délicatement … le sac à dos du plus petit. Oh hey! C’est l’effort qui compte? Sa tête était un gouffre… « Là… maintenant… il ne se passe rien dans ma tête, je suis juste heureux de te revoir. » … et de ne pas trouver de mots pour te dire combien je partage tes sentiments? Non. Trop tôt, beaucoup trop tôt. Il avait soupiré séchant ses larmes d’un revers de manche. « Et vraiment désolé de ne pas pouvoir te rendre tes sentiments… ou de rattraper les six années que j’ai gâché… à cause de moi… tu te contentes de peu, et ça c’est… c’est… inacceptable. » Il avait soupiré, creusant dans tout l’amour qu’il avait pour le garçon afin d’admettre, rougissant à vue d’œil. « … c’est pas que je ne ressens pas ça pour toi en particulier……je ressens ça pour personne. Personne. »


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Don't you know? ¤ Mirai & Kiyoshi
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